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OPALE VENISE IRISEE - Chapitre 11

11

 

La jeune fille qui avait réussi à gagner les toits, courait à perdre haleine. Elle courait comme une folle, sans une seule pensée en tête, que celle de fuir, fuir, toujours fuir ! Elle arriva au bord d'un immeuble devant un gouffre infranchissable. Elle s'effondra sur elle-même. Elle finit par s'allonger sur le toit, face au ciel. Il était gris. Elle n'en pouvait plus de ce gris. Elle voulait du bleu. Elle avait besoin de bleu. Tout le monde avait besoin de bleu ! Elle frissonna, bien que vêtue chaudement grâce aux bons soins de Martina. Martina... Elle regrettait maintenant d'avoir fui sans même un mot de remerciement pour cette femme simple et généreuse, qui l'avait accueillie comme une amie, alors qu'elle n'était qu'une inconnue pour elle. Si Martina avait su, l'aurait-elle accueillie aussi chaleureusement ? Angelina était sûre que non. C'est d'ailleurs pourquoi elle avait fui. A quoi bon essayer de s'expliquer, alors que tout se liguait contre elle ? Mais il fallait bien vivre. Le fallait-il ?

 

La police attendit le crépuscule pour débarquer. Les véhicules n'avaient pas bougé d'un pouce depuis la fin de la matinée. La plupart des occupants étaient sortis prendre l'air, glaner des bribes de renseignements en parlant les uns avec les autres, mais il fallait bien reconnaître que personne n'avait d'informations véritables, ni sur les événements, ni sur leur situation actuelle. Certains, avec des enfants le plus souvent, gagnèrent à pied l'ombre d'un pont. Les autres, pour échapper à la fournaise, sortirent des vestes ou des couvertures qu'ils installèrent à l'ombre maigre des voitures, ou mieux, des camions. Des pique-niques s'improvisèrent, des échanges spontanés se mirent en place, et ceux qui n'avaient rien reçurent un casse-croûte ou un en-cas et une gourde d'eau par ceux qui avaient prévu de manger en cours de route.

- Si au moins on s'était arrêtés près d'une aire d'autoroute, pensa Luigi qui regrettait amèrement son espresso... Et puis, on aurait au moins pu manger décemment !...

Il bougonnait mais s'étonnait en lui-même agréablement que les gens restent calmes et s'entraident, d'après ce qu'il pouvait constater, aussi loin que ses yeux pouvaient en témoigner. D'ailleurs, il ne tarda pas à sortir son meilleur compagnon d'infortune et d'information et à prendre cliché sur cliché, en demandant aux gens la permission de les prendre en photos pour la Nuova Voce di Venezia. Il enverrait tout cela à Matteo dès qu'il aurait une connexion wifi disponible.

 

Martina s'en voulait à mort. Dire qu'elle n'avait pas été capable de retenir la petite !... Au début, son mari Vittorio n'y comprenait rien. Martina était incapable de sortir deux phrases logiques, Théo comblait les blancs et peu à peu, Vittorio se fit une image à peu près correcte de ce qui s'était passé au bar pendant son absence. Il sourit à Martina, lui prit la main et l'enveloppa de son bras pour lui montrer son soutien.

- Si j'ai bien compris, elle est adulte, cette fille, dit-il. Elle devrait s'en sortir sans toi, non ?

- Sans doute, mais elle est si jeune !... Et elle n'avait plus rien !

- Mais elle a bien une famille, un chez-elle, quoi !...

Théo intervint :

- Ben, rien n'est moins sûr !... Chaque fois qu'on lui parle de la ramener chez elle, elle s'arrange pour disparaître...

Martine se cacha le visage dans les mains.

 

04/03/14



04/03/2014
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