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Contes jeunesse pour apprendre à prendre soin de nos besoins - APPUI SUR LA THEORIE DU CHOIX

LES 5 BESOINS UNIVERSELS ET FONDAMENTAUX

D'après le Dr William GLASSER, Relality Therapy, 1965.

 

D'après le Dr William Glasser, psychiatre Américain, tous nos comportements, les positifs comme les négatifs, visent à trouver une réponse à nos besoins (c'est ce qu'il a nommé La Théorie du Choix). Il en a répertorié 5 (ce qui permet de les mémoriser sur les doigts de la main) :

 

1. SURVIE

2. PLAISIR

3. LIBERTE

4. APPARTENANCE

5. POUVOIR

 

Quelques mots d'explication avant de passer aux premiers contes que ces besoins m'ont inspiré, pour la jeunesse mais aussi pour les moins jeunes... Pourquoi pas ? (D'autres contes suivront !) :

 

1. Le besoin de SURVIE, c'est assurer... :

 

- Sa sécurité émotionnelle

- Son intégrité physique

- Sa bonne santé

- Une alimentation saine

- De bonnes habitudes pour bouger

- Un sommeil réparateur.

 

2. Le besoin de PLAISIR, c'est ... :

 

- S'amuser, jouer

- Pratiquer l'humour

- Apprendre

- Voir les choses autrement

 

3. Le besoin de LIBERTE, c'est... :

 

- Faire de vrais choix

          - en assumer les conséquences

          - accepter de renoncer (choisir une voie, c'est renoncer aux autres)

- Savoir dire non

- Sauvegarder son espace vital

 

4. Le besoin d'APPARTENANCE, c'est... :

 

- Se sentir accepté dans un groupe social : famille, amis, travail, loisirs, religion, etc.

          - tel(le) qu'on est,

          - sans conditions.

 

5. Le besoin de POUVOIR, c'est exercer son pouvoir sur...

 

- Son corps (le soigner ou le négliger, voire le mettre en danger) :

                - Hygiène

                - Alimentation

                - Repos

                - Forme physique

                - Le personnaliser : maquillage / look / tattoo

                - Santé : soin des blessures et des maladies

                - Eviter les dangers : privations / excès/se blesser, droguer...

 

- Son environnement :

                - Ménage

                - Recyclage

                - (Prendre soin du) matériel

                - Eviter de... claquer une porte / abîmer ses affaires, les objets...

 

- Soi-même et les autres :

                 - Ecouter

                 - Etre reconnu(e) :

                             - être écouté(e)

                             - être compris(e)

                             - être consulté(e) (on tient compte de mon avis)

                             - être encouragé(e)

                             - pour ce que je dis

                             - pour ce que je pense

                             - pour ce que je fais

 

 

Conte de petit Mignon et du Coucou

2. BESOIN DE PLAISIR : JE N'AIME PAS APPRENDRE.

 

Le petit Lémurien et l'oiseau

 

Petit Microcèbe Mignon, le jeune Lémurien, habite une superbe forêt de Madagascar, en bord de mer. Mais il ne le sait pas. En réalité, il ne connaît que son nid. Depuis sa naissance, malgré les encouragements répétés de sa famille, et même de son clan, il refuse d'en sortir. Même la nuit, il s'interdit de pointer le museau hors de son trou d'arbre. Il serait temps qu'il apprenne à se débrouiller un peu seul, mais il refuse d'apprendre quoi que ce soit. La nuit, l'obscurité, les sons amplifiés, l'excès de calme, tout le pétrifie. Il ne sait pas trop ce qui l'effraie, mais il sait qu'il a peur.

 

- Ca ne peut pas durer ! soupire la mère.

- Ca ne peut pas durer ! s'impatiente le père.

- Ca ne sert à rien de t'agiter comme ça, ajoute la mère. Je suis surtout inquiète parce qu'il n'aime que les figues, et la saison sera bientôt finie... Il doit absolument goûter autre chose !

- Une bonne sauterelle bien grasse ! rêve le père en se pourléchant les babines.

- Oui, ou d'autres fruits...

- Une fleur de jasmin, si délicatement parfumée...

 

En attendant, petit Lémurien s'ennuie ferme dans sa prison. C'est alors qu'il remarque un oiseau en train de dévorer quelque chose d'énorme, là, sur une branche, tout près. Il ouvre ses gros yeux globuleux et s'étonne des jolies plumes colorées sur ses ailes. Tout à coup, l'oiseau, se sentant observé, cesse de détruire son caméléon. Puis, comme si de rien n'était, il s'applique à terminer son festin et disparaît. Petit Lémurien, surpris, se demande s'il le reverra un jour.

 

Le lendemain, au crépuscule, l'oiseau revient sur la branche d'arbre et gobe un bel insecte. Petit Lémurien entend craquer la carapace et se met à saliver. Cela l'étonne... Non ! Je n'aime que les figues ! se dit-il.

 

Amusé par l'intérêt que lui porte le petit Lémurien, l'oiseau prend l'habitude de revenir chaque soir. Un jour, il s'arrange pour laisser tomber innocemment un criquet bien gras dans le trou du petit mammifère, puis s'éloigne, l'air de rien. Petit Mignon attend d'être tout seul pour le flairer, le retourner, l'examiner sous tous les angles. Il saisit délicatement une patte toute fine dans sa gueule, la rejette en faisant la grimace. Quand le père rentre au nid, il avise le petit cadavre et se jette dessus en claquant du museau. Petit Mignon l'observe, éberlué.

 

- Tu trouves ça bon ?

- Hmm ? Un délice !...

- C'était à moi !

- A toi ? Tu n'avais qu'à le manger !

- C'est pas bon... les pattes.

- Les... ? Son père se met à rire tellement fort qu'il en fait trembler tout l'arbre.

- C'est pas les pattes qui se mangent, c'est le corps bien dodu ! Les pattes, on les recrache !

Lorsque l'oiseau revient se percher sur la branche de Petit Mignon, il est curieux de savoir si son nouvel ami a apprécié son cadeau.

 

- Tu as aimé, hier ?

- Ben, non...

- Non ? Pas possible !...

- En fait, c'est mon père... Il a...

Pas besoin d'un beau discours. L'oiseau a compris.

- Tiens ! Je t'en rapporte un autre. A ta place, je le mangerais tout de suite ! Avant que ton père le trouve...

Petit Mignon étudie l'odeur du nouveau don, le saisit avec délicatesse entre ses petites dents aiguës, les enfonce tout doucement et... c'est le bonheur !... Succulent !

 

- Merci Coucou, lance Mignon.

- Coucou ? Je ne suis pas un coucou, répond l'oiseau.

- Ah ? Mais c'est comme ça que tu me dis bonjour quand tu arrives. Je croyais...

- C'est bon, tu peux m'appeler comme ça, c'est drôle, en fait... L'oiseau se met à rire. Je suis un courol vouroudriou ! annonce-t-il fièrement.

- Un quoi ? C'est drôlement dur à dire ! Et comment je vais le retenir ?...

- Mais non ! Si tu t'intéresses à moi, ça sera très facile pour toi ! Bon, il est temps que je retourne au marché ! Il prit son envol.

Petit Mignon avait hâte qu'il revienne pour lui demander ce que c'est, un marché.

 

Le lendemain, alors qu'il le guettait aux abords de son trou, Petit Mignon eut la frousse de sa vie ! Il était sûr qu'un faucon rôdait au-dessus de sa canopée* et qu'il en avait après lui. Il regretta aussitôt d'avoir osé s'aventurer hors de son trou et s'y réfugia en tremblant. L'oiseau faisait un tapage ahurissant là-haut en tournoyant et lorsqu'il décida de fondre sur sa proie, il atterrit sur la branche de Coucou, juste à côté du nid, dans un dérapage effrayant. Il secoua ses plumes et c'est seulement alors que Petit Mignon le reconnut :

- Coucou ! Je t'avais pris pour un faucon !

- Mais non... T'inquiète pas comme ça ! Tu sais bien que je suis ton ami. Et je t'ai déjà dit qui je suis...

- Oui. Courol vouroudriou... Courol vouroudriou...

 

Stupéfait, l'oiseau s'immobilisa :

- Tu sais chanter ? Comme moi ?

Cette fois, c'est Petit Mignon qui s'étrangla de rire :

- Tu veux dire que c'est toi qui faisais ce raffût, tout à l'heure, en volant ?

L'oiseau fut un peu vexé.

- Du raffût ? Je chantais, figure-toi... C'est bien parce que tu es mon ami que je ne t'en veux pas... trop ! C'est mon nom que tu chantais, hein ?

- Oui. Tu vois, j'ai réussi à m'en souvenir.

 

Petit Lémurien était fier d'avoir appris le nom de son ami. Mais il avait eu si peur que ce soit un faucon ! Il ne voulait plus vivre de telles frayeurs. Il se renfrogna encore plus dans son coin. Ses parents commençaient à désespérer.

- Tu ne veux pas aller chercher toi-même les insectes dont tu raffoles ? lui disaient-ils.

- Je suis encore petit. Je préfère quand vous m'en rapportez... Et puis, la nuit, j'ai peur.

- Incroyable ! se répétaient les parents, la famille et même tout le clan. Un Microcèbe qui a peur du noir ! C'est une catastrophe ! Comment fera-t-il pour se nourrir ? Faudra-t-il que nous nous en chargions toute sa vie ?

- J'ai mon ami qui s'en charge... si c'est ça qui vous dérange.

- Comment nous parle-t-il ? s'indignèrent les parents. Pas plus grand que trois figues, et il se permet de nous parler sur un ton !... C'est ton ami qui t'apprend à parler à tes parents comme ça ? Nous allons lui interdire de revenir te voir !

 

Petit Mignon se retourna contre la paroi de l'arbre ! Comment ? Ils ne comprenaient pas que Coucou est son seul ami ? Il allait faire exprès de mourir de faim pour leur faire honte !...

 

Quand Courol reparut le lendemain, à l'heure habituelle, les parents étaient déjà partis à la chasse. Petit Mignon avait craint toute la journée qu'ils mettent leur menace à exécution et avait refusé d'un air revêche les plus beaux fruits et insectes qu'on lui mettait sous le nez. Il n'accepterait que ceux offerts par son ami.

- Que se passe-t-il ? Tu n'as pas l'air bien, aujourd'hui ? lui demanda l'oiseau dès qu'il le vit.

- Je me suis disputé avec mes parents. J'avais peur qu'ils t'empêchent de revenir me voir.

- Je vois... J'ai une idée !

Petit Mignon dressa les deux oreilles. Tout, plutôt que de risquer de perdre son ami !

- Si tu leur montrais que tu es prêt à apprendre quelque chose de nouveau, je suis sûr qu'ils seraient tellement fiers de toi qu'ils n'auraient plus du tout envie de te punir !

- Nan. J'ai peur !

Coucou fit tant et si bien qu'il parvint à le convaincre :

- Tu sais que les petits lémuriens de ton espèce sont très agiles dans les arbres ? Ils se balancent de branche en branche et au passage, ils trouvent des fruits juteux que tu ne connais même pas, des insectes savoureux et croquants, des...

Petit Lémurien s'imaginait à l'avance se balancer d'une branche à l'autre et avoir tellement le haut-le-coeur qu'il en tomberait...

- Nan. J'ai peur !

- Je serai toujours là, près de toi, pour te donner des conseils.

- Promis ?

- Bien sûr !

 

Petit Lémurien sortit de son trou en faisant le dos rond, en roulant de gros yeux de tous côtés, en trébuchant maladroitement tellement il était ankylosé...

- Tu vois, je suis bon à rien ! se plaignit-il. Il se sentait honteux.

L'oiseau rit.

- Bon à rien ? C'est toujours un début...

- Tu peux rire, toi ! Tu voles ! Tu peux toujours te rattraper...

- Mais toi aussi, tu sais voler ! Ou presque... Tu es fait pour ça, je t'assure !...

- Elles sont où, mes ailes ? bougonna Petit Mignon, qui n'avait pas du tout envie de l'être.

 

A force de persuasion, l'oiseau réussit à décider Petit Mignon à changer de branche, puis à tendre une petite patte vers une autre branche à portée, lacher la patte de la branche précédente et recommencer, et ainsi de suite... En très peu de temps, Petit Mignon prit le rythme et s'amusa comme un petit fou avec l'oiseau qui virevoltait autour de lui, le précédait, le suivait... Comme toujours, le Courol caquetait bruyamment en vol lorsqu'il s'étrangla et fila.

Petit Lémurien ne comprenait rien à ce qui se passait. Tout à coup, il vit un museau juste en face du sien. C'était un plus gros museau que le sien. La tête de l'animal qui lui faisait face était aussi grosse que lui tout entier. Il ne connaissait ni cette bête ni sa drôle d'odeur, un peu inquiétante.

- Toi aussi, tu veux jouer ?

- Volontiers, répondit le fossa, car c'était un fossa. Pars le premier...

Cependant, Courol ne savait comment sortir son ami de ce piège. Lui savait, qu'un fossa est un énorme chat, le plus cruel prédateur de l'île, et que son plat préféré se compose de Microcèbes Mignons, et même de tous les Lémuriens, même les plus gros !...

Petit Mignon n'avait pas compris que son cri d'alarme signifiait qu'il devait se réfugier quelque part de toute urgence ! Courol s'envola à tire-d'ailes pour avertir les parents de Petit Mignon. Peut-être qu'à deux, ils réussiraient à faire fuir le tueur ?

 

Père et Mère, découvrant le trou béant où se cachait d'habitude leur petit, avaient utilisé leur odorat très développé pour suivre sa piste. L'oiseau n'eut pas à voler bien loin. Tout le clan les avait accompagnés. Ils se mirent à faire vibrer toute la jungle de leurs courses, de leurs cris, à aveugler le fossa de leurs apparitions furtives, à encercler Petit Mignon pour le ramener au nid hors de danger.

 

Petit Lémurien comprit enfin que jouer ne signifiait pas du tout la même chose pour le fossa et pour lui.

- Vous voyez ! dit-il, il suffit que j'aie envie d'apprendre quelque chose de nouveau pour qu'il m'arrive malheur !...

Père et Mère ne savaient plus comment s'y prendre pour rendre confiance à leur petit et lui donner de nouveau l'envie d'apprendre. Ils durent une nouvelle fois faire appel au Courol...

 

 


*canopée :  La canopée est le nom qui désigne la partie la plus haute d'une forêt tropicale, directement en contact avec les rayons du soleil.

 

 

PRENDRE SOIN DE SES BESOINS. 1. SURVIE

LE CHIENCHIEN A SA MEMERE

Pilou est un adorable toutou.  Il n'a que six ans, ce qui est encore jeune pour un chien. Il se promène très sagement en laisse. D'ailleurs, même s'il voulait courir, il ne le pourrait plus...  Il a de beaux souvenirs dans sa mémoire de chien, de l'époque où il pouvait galoper comme un jeune fou ! Les balades en forêt où il coursait les renards ou les oiseaux, le vent qui faisait voler ses oreilles, les grands bonds par-dessus les ruisseaux, ou pour monter dans le coffre de la voiture avec souplesse et élégance... Tout cela, il n'en est plus question ! Pilou est gros. Si gros qu'il a bien du mal à se traîner... Dès qu'il s'agit d'aller plus loin que le virage après l'épicerie, il est tout essoufflé !

Il ne sait pas pourquoi, mais il est gros, et, il le sent dans son corps de chien, ça l'empêche de s'amuser comme avant. D'accord, il est bien content d'avaler tout rond les susucres que sa mémère lui offre toute la journée, les plats bien gras dont elle le régale, les gâteaux... Hmm ! Quel délice, quand il y pense ! Malheureusement, à part les mamours de sa maîtresse et les gâteries, plus rien ne le distrait de sa tristesse.

Si ! L'autre jour, chez le marchand de journaux où sa patronne achète toutes les semaines son magazine favori, un autre chien est entré. Il l'a observé avec grand intérêt, d'autant que l'autre tirait à fond sur sa laisse pour venir lui sentir le derrière ! Pourtant, Pilou n'est pas une femelle ! Ca ne fait rien. C'était amusant... Il s'est approché en douce pour faire connaissance. Puis tout le monde est sorti du magasin, et là, l'autre l'a invité à une course-poursuite ! Pas moyen de le rejoindre... Pilou a déjà du mal à mettre deux pattes devant les autres, alors une course-poursuite, vous pensez !

Pilou est très déçu. Il ne peut jamais jouer avec les copains. Il se sent vieux. Il passe la majeure partie de ses journées couché, à attendre...

 

 

PRENDRE SOIN DE SES BESOINS. 5. POUVOIR

 

APPRENDRE A ECOUTER

 

Dans le parc du château de Lisbonne, vivait un magnifique paon bleu. Il était entouré de jolies femelles, mais celle qu'il préférait était la blanche. Il ne savait pas pourquoi, mais c'était cette femelle-là qui l'attirait ! Il tâchait de le lui faire comprendre en bombant le jabot et en déployant les splendides ocelles de ses plumes caudales dès qu'elle apparaissait dans son champ de vision. Las, elle s'en fichait pas mal !

 

Il tenta une autre méthode, se disant que ses belles plumes bleu-vert lui déplaisaient peut-être, elle qui était si blanche. Il était très malin et avait bien remarqué les ouvriers, qui faisaient des travaux dans une petite salle, sous les remparts du château. Il avait noté qu'au début du chantier, ces hommes portaient comme lui des sortes de plumage tout bleu, bien moins seyants que le sien, néanmoins ! Mais au couchant, lorsqu'ils sortirent de la salle, le paon ne les reconnut pas immédiatement. Ils étaient entrés avec des plumes bleues, ils la quittaient avec des plumes blanchâtres, plutôt piteuses, mais il faut savoir ce qu'on veut... Il se dit qu'il tenait la façon de séduire sa belle !

 

Il s'approcha en se dandinant des ouvriers occupés à nettoyer leurs outils. Il avisa un pot de peinture en déséquilibre sur un muret. Il s'arrangea pour ouvrir son éventail de plumes au bon moment et hop ! Il renversa le pot entrouvert sur lui. Les hommes, stupéfaits, s'arrêtèrent de travailler en entendant le charivari. Quand ils virent ce qui s'était passé, ils éclatèrent de rire et voulurent l'attraper pour l'essuyer. Le paon se hâta de leur échapper. Non seulement il voulait rester blanc, mais encore il se sentait légèrement vexé à cause de l'hilarité des hommes. Il ne savait pas ce que signifiait ce hoquet bizarre qui les secouait de la tête aux pieds, et qui fusait d'un trou grand ouvert sur le devant de leur tête, mais il n'en pressentait rien qui vaille !

 

Il eut un peu de mal à marcher dignement sous le poids de sa nouvelle apparence, mais il se dit que pour sa belle, rien n'était trop beau. Il s'aperçut en se retournant qu'il dégoulinait quelque peu sur le sol, et que l'une de ses plus belles plumes s'était coudée dans l'opération... Il se dit qu'il pouvait bien prendre quelques risques pour séduire sa belle, et que sa plume se redresserait bientôt. Il était cependant taraudé par un doute. Et si la Blanche le trouvait moche ?

 

 

 

Il avisa un groupe de femelles qui picoraient un peu plus loin. La Blanche n'était pas en vue, mais il décida de tester sa nouvelle allure auprès d'elles. Il arriva d'un air digne, eut un peu de mal à écarter les belles plumes de sa queue (elles collaient un peu) mais n'en perdit pas son assurance, et se pavana en circulant au milieu du groupe. Les femelles, dès qu'elles l'aperçurent, suspendirent leur geste et écarquillèrent les yeux autant que possible.

 

- Hé bien quoi ! leur dit-il. Comment trouvez-vous mon nouveau plumage ?

 

Elles le reconnurent à sa voix. Aucune réaction. Tout à coup, un gloussement aigü fusa. Une des femelles n'avait pu retenir son rire. Aussitôt, les autres s'esclaffèrent. Les unes avaient du mal à tenir debout tant elles pleuraient de rire, les autres se tordaient tellement qu'elles en tombaient sur le sol, d'autres se soutenaient mutuellement... Le beau paon ne comprenait rien à ce qui se passait.

 

Attirée par tout ce chambard, la Blanche arriva sur ces entrefaites. Le paon se ressaisit aussitôt et défila noblement sous les yeux de sa belle, qui ne le reconnut pas. La nouvelle venue tâcha de trouver un indice en observant ses amies mais aucune chance de ce côté-là. Elles semblaient tout simplement mourir de rire. La Blanche commençait à avoir un petit sourire qui se dessinait au coin de son bec délicat, lorsque Paon s'adressa à elle :

 

- Je meurs d'amour pour toi, ma Beauté. Est-ce que tu préfères ma nouvelle tenue à l'ancienne ? Tu n'as qu'un mot à dire et je la garderai toujours...

 

A sa voix, la Blanche sut de qui il s'agissait. Elle fut stupéfaite. Dès qu'elle ouvrit le bec pour répondre, son sourire malgré elle se transforma en un fou rire irrépressible, alors que Paon attendait toujours, l'oeil frisottant d'un air indigné. Lorsqu'elle put reprendre haleine, elle s'étrangla de rire encore une fois puis souffla :

 

- Excuse-moi, je ne t'avais pas reconnu, beau paon bl... Toute la troupe féminine hurla de rire. Confuse, et tâchant de venir à bout du tremblement de rire qui lui fouaillait les entrailles, Blanche s'efforça de se maîtriser pour continuer :

 

- Je veux dire... Euh... D'où t'est venue cette idée ?...

 

On entendit une petite voix nasillarde s'élever de la troupe, qui susurra :

- ...Saugrenue !

 

Les filles roulèrent de nouveau dans la poussière, ivres de gaieté ! La Blanche eut du mal à rester debout, mais elle sentait que la colère de Paon montait et elle ne voulait pas l'attiser...

 

- Hmm ! Paon se racla le gosier. Voilà...

 

Il se mit à raconter son affaire, ne se souciant pas du tout si on l'écoutait ou pas, pirouettant de tous côtés pour exhiber ses beaux atours, très satisfait de lui-même, caquetant haut et fort, et lorsqu'il voulut la pousser de l'aile et cligner de l'oeil vers sa belle en signe de complicité, il s'aperçut qu'elle avait disparu, tout comme les autres femelles d'ailleurs.

 

Il courut à la recherche de la Blanche, se percha lourdement sur un arbre pour dominer un peu la situation, l'avisa dans une petite cour, entourée des autres femelles... Il pesta après les Bleues qui ne lui laissaient jamais la possibilité de parler à sa belle en privé ! Il atterrit en catastrophe, alourdi par le poids de la peinture blanche qui maintenant s'écaillait en lambeaux un peu partout, lui arrachant quelques plumets au passage. Toutes les femelles s'envolèrent avec élégance en laissant leurs rires flotter derrière elles... Il s'égosilla pour rappeler la Blanche qui eut pitié de lui. Alors qu'elle acceptait une nouvelle fois de revenir, il l'interrogea :

 

- Comment est-ce possible que je ne te plaise pas ?

 

La Blanche, bien embarrassée, tenta de trouver une explication valable :

 

- Hé bien ! C'est comme ça, les goûts et les couleurs...

 

- Justement, rétorqua le Paon. J'ai fait beaucoup d'efforts pour te plaire ! Mon nouveau plumage blanc ne te plaît donc pas ?...

 

Pendant quelques instants, il parut si dépité que la Blanche fut tentée de lui mentir pour le rassurer. Il reprit :

 

- Tu préfères que je chante pour toi ? Et de se mettre aussitôt, sans attendre la moindre réponse, à jacasser, coasser, glousser, jaboter...

 

La Blanche ne savait plus comment mettre un terme à cette démonstration. Elle éprouvait un ennui incommensurable et il ne s'apercevait de rien. Dès qu'il se lançait dans son ramage incessant, plus personne n'existait autour de lui !

 

Une fois de plus, elle s'éloigna et rejoignit ses congénères. Elles décidèrent de s'envoler toutes ensemble pour de bon, se posèrent dans le parc du Palacio de la Pena que la Blanche avait déjà survolé. Elle s'était toujours dit qu'un jour, elle aimerait beaucoup habiter ce lieu paisible et magnifique. Elle était sûre que leur joyeuse petite troupe ne manquerait pas d'attirer d'autres mâles, moins casse-pattes que le paon bl... de Lisbonne !

 

 

juin 15

 

 

 



10/06/2015
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